« Le Dormeur du val », Arthur Rimbaud : explication linéaire
« Le Dormeur du val » est un poème d'Arthur Rimbaud (octobre 1870), au programme du bac de français 2027 avec les Cahiers de Douai (parcours « Émancipations créatrices »). Problématique possible : Comment Rimbaud transforme-t-il un tableau pastoral en dénonciation silencieuse de la guerre ? Le texte se découpe en 4 mouvements.
Octobre 1870 : Rimbaud écrit un sonnet en alexandrins qui commence comme une pastorale et s'achève en tombeau. Chaque vers est un piège : on lit d'abord la douceur, on découvre la mort. C'est l'un des poèmes les plus étudiés de la littérature française parce qu'il montre comment la chute d'un poème peut rouvrir tout ce qui précède.
Le texte
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Arthur Rimbaud, « Le Dormeur du val », Cahiers de Douai (octobre 1870).
Introduction : situer et problématiser
Reprise analytique complète : chaque vers du sonnet est lu comme une pièce d'une mécanique. L'objectif est de montrer que le poème est écrit de bout en bout pour préparer sa chute. Rien n'est innocent, la rivière qui « chante », la main « tranquille », la narine qui « ne frissonne pas » : tout est signal.
Problématique : Comment Rimbaud transforme-t-il un tableau pastoral en dénonciation silencieuse de la guerre ?
Les 4 mouvements du texte
| Mouvement | Vers | Ce qui s'y joue |
|---|---|---|
| 1. Un paysage idyllique | v. 1 à 4 | Q1 : cadre pastoral, personnifications (la rivière « chante », la montagne « fière »). |
| 2. L'apparition d'un soldat endormi | v. 5 à 8 | Q2 : apparition du soldat, « Dort » rejeté au v. 7, détails troublants (« bouche ouverte », « pâle »). |
| 3. Un sommeil de plus en plus inquiétant | v. 9 à 11 | T1 : sourire « comme / Sourirait un enfant malade » (v. 9-10), puis appel à la nature-mère (« Nature, berce-le chaudement : il a froid », v. 11). |
| 4. La révélation finale | v. 12 à 14 | T2 : « Les parfums ne font pas frissonner sa narine » (v. 12), puis la révélation des « deux trous rouges au côté droit », chute dysphorique. |
Mouvement 1 (v. 1 à 4) : Un paysage idyllique
Q1 : cadre pastoral, personnifications (la rivière « chante », la montagne « fière »).
Mouvement 2 (v. 5 à 8) : L'apparition d'un soldat endormi
Q2 : apparition du soldat, « Dort » rejeté au v. 7, détails troublants (« bouche ouverte », « pâle »).
Mouvement 3 (v. 9 à 11) : Un sommeil de plus en plus inquiétant
T1 : sourire « comme / Sourirait un enfant malade » (v. 9-10), puis appel à la nature-mère (« Nature, berce-le chaudement : il a froid », v. 11).
Mouvement 4 (v. 12 à 14) : La révélation finale
T2 : « Les parfums ne font pas frissonner sa narine » (v. 12), puis la révélation des « deux trous rouges au côté droit », chute dysphorique.
Les procédés, vers par vers
| Passage | Procédé et effet |
|---|---|
| v. 1 « trou de verdure » | Mot usuel à double lecture |
| v. 2-3 « des haillons / D'argent » | Métaphore des reflets de l'eau |
| v. 8 « pâle dans son lit vert » | Métaphore du lit + signal de mort |
| v. 11 « Nature, berce-le » | Apostrophe maternelle |
| v. 14 « deux trous rouges » | Chute dysphorique + reprise lexicale |
| « bouche ouverte » (v. 5) | « Les parfums ne font pas frissonner sa narine » (v. 12) |
| « Dort » (v. 7) | « il dort » (v. 9), puis « Il dort » (v. 13) |
| « il a froid » (v. 11) | « côté droit » (v. 14), à la rime |
| « Pâle » (v. 8) | « rouges » (v. 14) |
Teste-toi en 30 secondes
Quiz express : Le Dormeur du val
Gratuit, sans publicité. Les questions ci-dessus viennent de l'app Euphémisme.
Les pièges de l'analyse
« Dort » ouvre le vers 7 : « Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue ». Il est précédé de deux vers de compléments (« bouche ouverte, tête nue », « la nuque baignant dans le frais cresson bleu »). Ce retard du verbe suspend la phrase : on voit le soldat avant de savoir ce qu'il fait.
« Le Dormeur du val » est un sonnet en alexandrins (12 syllabes), non en décasyllabes (10 syllabes). L'alexandrin, vers classique par excellence, est précisément ce que Rimbaud choisit pour mieux le subvertir par ses enjambements et rejets.
Question de grammaire possible
À l'oral, la question de grammaire (2 points) porte sur un fait de langue de l'extrait. Deux candidats probables pour ce texte :
La négation
Les parfums ne font pas frissonner sa narine
Négation totale, formée de l'adverbe « ne » et de l'adverbe « pas » qui encadrent le verbe conjugué « font ». Elle porte sur toute la proposition : rien ne réagit chez le soldat, indice de sa mort.
L'impératif
Nature, berce-le chaudement
Verbe « bercer » à l'impératif présent, 2e personne du singulier, avec le pronom complément « le » placé après le verbe et relié par un trait d'union. La Nature, apostrophée, devient une mère à qui le poète adresse une prière.
Conclusion et ouverture
- Le texte entier de « Le Dormeur du val » doit pouvoir être cité par cœur (14 vers).
- Les deux quatrains posent un cadre pastoral qui se lézarde progressivement.
- Les deux tercets précipitent le doute puis la révélation.
- Les enjambements fonctionnent comme des pièges rythmiques.
- Le dernier mot « droit » referme le poème sur sa vérité fatale.
Ouverture : « Le Mal », autre sonnet des Cahiers de Douai où « cent milliers d'hommes » meurent pendant que le roi et Dieu restent indifférents ; ou « Souvenir de la nuit du 4 » de Victor Hugo (Les Châtiments), autre poème où la mort d'un innocent accuse le pouvoir.
Questions fréquentes
Quelle problématique pour l'explication linéaire de « Le Dormeur du val » ?
Comment Rimbaud transforme-t-il un tableau pastoral en dénonciation silencieuse de la guerre ?
Quels sont les mouvements de « Le Dormeur du val » ?
1. Un paysage idyllique (v. 1 à 4) ; 2. L'apparition d'un soldat endormi (v. 5 à 8) ; 3. Un sommeil de plus en plus inquiétant (v. 9 à 11) ; 4. La révélation finale (v. 12 à 14).
Quelle ouverture pour « Le Dormeur du val » ?
« Le Mal », autre sonnet des Cahiers de Douai où « cent milliers d'hommes » meurent pendant que le roi et Dieu restent indifférents ; ou « Souvenir de la nuit du 4 » de Victor Hugo (Les Châtiments), autre poème où la mort d'un innocent accuse le pouvoir.