« Ma bohème », Arthur Rimbaud : explication linéaire
« Ma bohème » est un poème d'Arthur Rimbaud (1870), au programme du bac de français 2027 avec les Cahiers de Douai (parcours « Émancipations créatrices »). Problématique possible : Comment Rimbaud fait-il de sa pauvreté de vagabond la source même de sa poésie ? Le texte se découpe en 3 mouvements.
Même forme (sonnet en alexandrins), tonalité inverse : « Ma bohème » est une marche, pas une halte. Le poète s'en va, pauvre, et cette pauvreté n'est pas plainte mais trésor. L'alliance du concret et de l'idéal fonde tout (« mon paletot aussi devenait idéal »), la métaphore file (« mon auberge était à la Grande-Ourse »), et la fin célèbre la poésie comme lyre improvisée. Le poème va des « poches crevées » du premier vers au « cœur » du dernier.
Le texte
Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !
Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou
Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;
Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !
Arthur Rimbaud, « Ma bohème », Cahiers de Douai (1870).
Introduction : situer et problématiser
Quatorze vers pour une profession de foi : la pauvreté du poète fait la richesse de sa poésie. Chaque image construit la métamorphose du réel prosaïque (poches, paletot, souliers) en monde cosmique (Muse, Grande-Ourse, lyres). Tout le sonnet est une grande alliance du prosaïque et du sublime.
Problématique : Comment Rimbaud fait-il de sa pauvreté de vagabond la source même de sa poésie ?
Les 3 mouvements du texte
| Mouvement | Vers | Ce qui s'y joue |
|---|---|---|
| 1. Le départ : la misère transfigurée | v. 1 à 4 | Q1 : le départ, la misère transfigurée en idéal. |
| 2. Le poète vagabond sous les étoiles | v. 5 à 8 | Q2 : « Mon unique culotte avait un large trou » (v. 5, le même mot que dans « Le Dormeur du val »), la nuit, le ciel, la Grande-Ourse en auberge. |
| 3. La poésie née de la route | v. 9 à 14 | Tercets : la rosée « comme un vin de vigueur », puis (T2) la rime « au milieu des ombres fantastiques » et la lyre des souliers blessés, humour tendre. |
Mouvement 1 (v. 1 à 4) : Le départ : la misère transfigurée
Q1 : le départ, la misère transfigurée en idéal.
Mouvement 2 (v. 5 à 8) : Le poète vagabond sous les étoiles
Q2 : « Mon unique culotte avait un large trou » (v. 5, le même mot que dans « Le Dormeur du val »), la nuit, le ciel, la Grande-Ourse en auberge.
Mouvement 3 (v. 9 à 14) : La poésie née de la route
Tercets : la rosée « comme un vin de vigueur », puis (T2) la rime « au milieu des ombres fantastiques » et la lyre des souliers blessés, humour tendre.
Les procédés, vers par vers
| Passage | Procédé et effet |
|---|---|
| « Mon auberge était à la Grande-Ourse » | Le ciel comme toit du poète |
| « Petit Poucet rêveur » | Référence au conte, errance |
| « Gouttes de rosée / vin » | Comparaison : « comme un vin de vigueur » |
| « Souliers blessés / lyres » | Métaphore filée finale |
| « Féal » | Lexique médiéval, tension avec le prosaïque |
Teste-toi en 30 secondes
Quiz express : Ma bohème
Gratuit, sans publicité. Les questions ci-dessus viennent de l'app Euphémisme.
Questions d'analyse corrigées
Pourquoi Rimbaud signe-t-il « un pied près de mon cœur ! » (v. 14) ?
Pour mêler humour de la posture physique et tendresse du cœur. L'image est comique (pied levé), tendre (cœur) et poétique (geste de la lyre) à la fois.
Quelle est la visée d'ensemble de « Ma bohème » ?
Faire du vagabondage un programme poétique : misère = liberté. Le poème ne plaint pas, il transfigure. La misère y est programme, pas plainte.
Question de grammaire possible
À l'oral, la question de grammaire (2 points) porte sur un fait de langue de l'extrait. Deux candidats probables pour ce texte :
La proposition subordonnée relative
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes / De rosée à mon front
Proposition subordonnée relative introduite par le pronom relatif « où », qui a pour antécédent « soirs » et occupe la fonction de complément circonstanciel de temps dans la relative. Elle complète le nom « soirs » (fonction : expansion du nom).
L'imparfait
Je m'en allais […] J'allais sous le ciel
Imparfait de l'indicatif à valeur itérative et descriptive : la marche n'est pas un événement ponctuel mais une habitude, un mode de vie. Le passé composé « j'ai rêvées » (v. 4) tranche par sa valeur de bilan.
Conclusion et ouverture
- Sous-titre « Fantaisie » : genre léger, liberté revendiquée.
- Q1-Q2 : la marche, le ciel, la pauvreté transfigurée.
- T1 : assis au bord des routes, la rosée « comme un vin de vigueur ».
- T2 : la rime « au milieu des ombres fantastiques », les souliers blessés devenus lyres, humour et tendresse.
- Rimes et rythmes classiques, mais lexique résolument moderne et prosaïque.
Ouverture : « Sensation », autre poème des Cahiers de Douai (« Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers »), qui projette au futur la même errance heureuse ; ou la bohème des poètes chez Verlaine.
Questions fréquentes
Quelle problématique pour l'explication linéaire de « Ma bohème » ?
Comment Rimbaud fait-il de sa pauvreté de vagabond la source même de sa poésie ?
Quels sont les mouvements de « Ma bohème » ?
1. Le départ : la misère transfigurée (v. 1 à 4) ; 2. Le poète vagabond sous les étoiles (v. 5 à 8) ; 3. La poésie née de la route (v. 9 à 14).
Quelle ouverture pour « Ma bohème » ?
« Sensation », autre poème des Cahiers de Douai (« Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers »), qui projette au futur la même errance heureuse ; ou la bohème des poètes chez Verlaine.