La connaissance : raison, science, vérité, nature
La connaissance regroupe 4 des 17 notions du programme de philosophie de Terminale (voie générale) : la raison, la science, la vérité et la nature. Ces notions peuvent tomber en dissertation comme en explication de texte à l'épreuve de philosophie du baccalauréat.
Qu'est-ce qui distingue une opinion d'un savoir ? La raison prétend trancher, la science se donne des méthodes, mais Popper rappelle qu'une théorie ne vaut que si elle peut être réfutée. Reste la question la plus redoutable : la vérité est-elle une, ou dépend-elle du point de vue de celui qui la formule ?
Quelles notions du programme sont concernées ?
La connaissance couvre 4 des 17 notions inscrites au programme de philosophie de Terminale, voie générale (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019) :
- la raison
- la science
- la vérité
- la nature
Le cours, leçon par leçon
La raison contre l'opinion
Tout le monde a des opinions ; peu de gens ont des raisons. Platon distingue la doxa, l'opinion, croyance flottante reçue sans examen, de l'epistémè, le savoir fondé en raison, capable de rendre compte de lui-même. L'allégorie de la caverne met en scène ce partage : des prisonniers enchaînés prennent des ombres pour la réalité, et la sortie vers la lumière figure l'éducation, montée douloureuse de l'apparence vers l'intelligible. Vingt-trois siècles plus tard, Bachelard reprend le combat : « l'opinion pense mal ; elle ne pense pas » elle traduit des besoins en connaissances. La science ne prolonge pas l'opinion : elle se construit contre elle.
- Doxa : croyance sans fondement examiné ; epistémè : savoir fondé en raison.
- Même vraie, une opinion n'est pas une connaissance : elle ne peut pas rendre raison d'elle-même.
- L'allégorie de la caverne : les ombres = les apparences ; la sortie = l'éducation.
- Le prisonnier qui revient est moqué : la vérité dérange l'opinion installée.
- Bachelard : l'opinion est le premier obstacle épistémologique, la science se construit contre elle.
L'opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique (1938)
La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose absolument à l'opinion.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique (1938)
Rationalisme et empirisme
D'où vient la connaissance : de la raison ou des sens ? Le rationalisme de Descartes répond : de la raison, « la chose du monde la mieux partagée », qui possède des idées innées, Dieu, l'infini, les vérités mathématiques, qu'aucune expérience sensible ne peut donner. L'empirisme de Hume rétorque : toutes nos idées ne sont que des copies affaiblies de nos impressions sensibles ; rien n'est dans l'esprit qui n'ait d'abord été donné par les sens. Sa critique de la causalité est redoutable : quand une boule de billard en frappe une autre, je vois une succession, jamais une connexion nécessaire, c'est l'habitude, née de la répétition, qui me fait attendre l'effet.
- Rationalisme (Descartes) : la raison est la source première du savoir ; certaines idées sont innées.
- Le « bon sens » : la puissance de bien juger, égale en tous, les erreurs viennent de son usage.
- Empirisme (Hume) : toute idée dérive d'une impression sensible ; l'esprit est d'abord vierge.
- Critique de la causalité : nous observons une succession, jamais une nécessité.
- C'est l'habitude, non la raison, qui nous fait attendre l'effet après la cause.
Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée.Descartes, Discours de la méthode (1637)
Toutes nos idées ne sont que des copies de nos impressions.Hume, Enquête sur l'entendement humain (1748)
Les limites de la raison
La raison peut-elle tout connaître ? Kant fait le procès de ses prétentions : connaître exige la coopération de la sensibilité, qui reçoit une matière, et de l'entendement, qui la met en forme par des concepts, « des pensées sans contenu sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles ». Conséquence : nous ne connaissons que des phénomènes, les choses telles qu'elles nous apparaissent, jamais la chose en soi. Dieu, l'âme, le monde en totalité échappent à toute expérience possible : la métaphysique qui prétend les connaître dépasse ses droits. Pascal, autrement, avait déjà borné la raison : le cœur saisit immédiatement les premiers principes que la démonstration ne peut prouver.
- Kant : connaître = une matière donnée par la sensibilité + une mise en forme par l'entendement.
- Nous ne connaissons que des phénomènes, jamais la chose en soi.
- La limite est de droit, pas de fait : aucun progrès scientifique ne l'abolira.
- Dieu, l'âme, le monde en totalité : objets de pensée, non de connaissance.
- Pascal : le cœur connaît les premiers principes, un autre ordre que la raison démonstrative.
Des pensées sans contenu sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles.Kant, Critique de la raison pure (1781)
Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point.Pascal, Pensées (1670)
Qu'est-ce qu'une science ? Démontrer et expérimenter
Deux voies mènent au savoir scientifique. La démonstration, d'abord : en mathématiques, on établit les vérités par déduction rigoureuse à partir d'axiomes, aucune expérience ne prouve un théorème. L'expérimentation, ensuite : pour connaître la nature, Galilée la mathématise, le grand livre de l'univers « est écrit en langue mathématique » et la science moderne interroge les faits. Claude Bernard en codifie la méthode : l'observation constate un phénomène, l'hypothèse propose une explication anticipée, l'expérimentation provoque des faits pour la mettre à l'épreuve. L'expérience scientifique n'est donc pas une simple observation : c'est une question posée à la nature.
- Démonstration : déduction nécessaire à partir d'axiomes (modèle mathématique).
- Expérimentation : provoquer des faits pour tester une hypothèse (sciences de la nature).
- Galilée : la nature obéit à des lois exprimables en langage mathématique.
- Claude Bernard : observation → hypothèse → expérimentation → conclusion.
- Sans hypothèse, l'observation ne sait pas quoi regarder : l'idée dirige l'expérience.
La philosophie est écrite dans cet immense livre qui se tient toujours ouvert devant nos yeux, je veux dire l'univers ; il est écrit en langue mathématique.Galilée, L'Essayeur (1623)
L'observateur écoute la nature et écrit sous sa dictée.Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale (1865)
Une théorie doit pouvoir être réfutée
Qu'est-ce qui distingue une science d'une pseudo-science ? Popper répond par un critère célèbre : la falsifiabilité. Une théorie est scientifique non parce qu'elle est prouvée, mais parce qu'elle prend un risque, elle interdit certains faits, et l'on peut concevoir une observation qui la réfuterait. Car l'asymétrie est totale : mille cygnes blancs ne prouvent pas que tous les cygnes sont blancs, un seul cygne noir réfute la loi. L'astrologie échoue au test : ses prédictions vagues sont compatibles avec tout. Bachelard complète le tableau : la science progresse par ruptures, « on connaît contre une connaissance antérieure », en rectifiant ses erreurs.
- Falsifiabilité (Popper) : une théorie scientifique doit pouvoir être contredite par l'expérience.
- Asymétrie : aucune somme de confirmations ne prouve une loi universelle ; un contre-exemple la réfute.
- Une théorie compatible avec tout (astrologie) n'est pas scientifique : elle ne risque rien.
- Une théorie corroborée n'est pas prouvée : elle a résisté aux tests, provisoirement.
- Bachelard : la science progresse par ruptures et par erreurs rectifiées.
Il faut qu'un système scientifique empirique puisse être réfuté par l'expérience.Popper, La Logique de la découverte scientifique (1934)
On connaît contre une connaissance antérieure.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique (1938)
La science peut-elle tout connaître ?
Le succès des sciences invite à leur confier toutes les questions. Comte décrit ce triomphe par la loi des trois états : l'esprit humain passe de l'explication théologique (des volontés divines) à l'explication métaphysique (des entités abstraites), puis à l'état positif, renoncer au « pourquoi » ultime pour établir des lois par l'observation. Mais faut-il en conclure que la science répondra un jour à tout ? Ce serait le scientisme, qui n'est pas une science, mais une croyance sur la science. Husserl diagnostique la crise : rigoureuses sur les faits, les sciences sont muettes sur les questions les plus brûlantes, le sens ou le non-sens de l'existence, ce qui est juste, ce qui vaut.
- Loi des trois états (Comte) : théologique → métaphysique → positif.
- L'état positif renonce aux causes ultimes : il cherche des lois, le « comment ».
- Scientisme : croire que la science répondra un jour à toutes les questions.
- « La science est la seule connaissance valable » n'est pas un énoncé scientifique : le scientisme se contredit.
- Husserl : les sciences de faits ne disent rien du sens de l'existence ni des valeurs.
Chacune de nos conceptions principales passe successivement par trois états théoriques différents : l'état théologique, l'état métaphysique et l'état positif.Comte, Cours de philosophie positive (1830)
De simples sciences de faits forment une simple humanité de fait.Husserl, La Crise des sciences européennes (1936)
Comment traiter ces notions en dissertation ?
Attention au relativisme facile (« chacun sa vérité ») : c'est la thèse qu'un sujet attend que tu examines, pas celle qu'il attend que tu adoptes. Une copie qui s'y arrête plafonne vite.
La méthode reste la même quelle que soit la notion : analyser les termes du sujet, faire apparaître le problème que le sujet dissimule, puis construire un parcours qui avance au lieu de juxtaposer trois avis. Tout est détaillé sur la méthode de la dissertation de philosophie, et sur la méthode de l'explication de texte pour l'autre sujet possible.
Pense aussi aux 31 repères du programme : ce sont les distinctions conceptuelles que les correcteurs attendent, et elles se placent naturellement dans une copie sur la raison.
Questions fréquentes sur la connaissance
Quelles notions du programme la connaissance regroupe-t-elle ?
La connaissance regroupe la raison, la science, la vérité et la nature, soit 4 des 17 notions du programme de Terminale générale (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019).
Quels auteurs mobiliser sur la raison ?
Les fiches de cours ci-dessus citent les auteurs attendus sur chaque leçon. En dissertation, une référence expliquée en deux phrases vaut mieux que cinq noms cités à la chaîne : montre ce que l'auteur apporte au problème, pas seulement qu'il en a parlé.
Comment éviter le hors-sujet sur la connaissance ?
Attention au relativisme facile (« chacun sa vérité ») : c'est la thèse qu'un sujet attend que tu examines, pas celle qu'il attend que tu adoptes. Une copie qui s'y arrête plafonne vite.
Quand a lieu l'épreuve de philosophie du bac 2027 ?
L'épreuve écrite de philosophie de Terminale est attendue mi-juin 2027, sur 4 heures, avec le choix entre deux sujets de dissertation et une explication de texte. La date exacte est fixée par le Bulletin officiel.
Chaque leçon ci-dessus existe en version interactive dans Euphémisme : 12 leçons, exercices de mémorisation, citations à retrouver. Gratuit, hors connexion, avec un suivi jour après jour.
Les autres notions du programme
Les 17 notions du programme se répondent : un sujet sur la liberté croise souvent la conscience, un sujet sur la justice croise le devoir. Ne les révise pas en silos.
Le sujet
la conscience, l'inconscient et le temps
La culture
l'art, le langage, la technique et le travail
La morale
le bonheur, le devoir et la liberté
→ Voir tout le programme de philosophie de Terminale
Sources et références
Programme de philosophie de Terminale, voie générale : BO spécial n°8 du 25 juillet 2019. Les textes cités sont accessibles en édition libre.
- Éduscol, portail des programmes et ressources du ministère
- Bulletin officiel de l'Éducation nationale
- Wikisource, textes littéraires et philosophiques du domaine public
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