La morale : bonheur, devoir, liberté
La morale regroupe 3 des 17 notions du programme de philosophie de Terminale (voie générale) : le bonheur, le devoir et la liberté. Ces notions peuvent tomber en dissertation comme en explication de texte à l'épreuve de philosophie du baccalauréat.
Faut-il chercher le bonheur ou faire son devoir ? Toute la philosophie morale tient dans cette tension : les Anciens font du bonheur le souverain bien, Kant soutient qu'une action n'a de valeur morale que si elle est accomplie par devoir. Et derrière les deux, la question de la liberté, sans laquelle il n'y aurait ni mérite ni faute.
Quelles notions du programme sont concernées ?
La morale couvre 3 des 17 notions inscrites au programme de philosophie de Terminale, voie générale (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019) :
- le bonheur
- le devoir
- la liberté
Le cours, leçon par leçon
Le bonheur, souverain bien
Pourquoi agis-tu ? Pour réussir ton bac, dit-on, mais pourquoi réussir ? Pour avoir un métier, mais pourquoi ? De fin en fin, Aristote remonte jusqu'à une fin ultime, visée pour elle-même et jamais comme moyen : le bonheur, ou eudaimonia. Personne ne cherche à être heureux « pour autre chose ». Mais ce souverain bien n'est ni la richesse (un moyen), ni le plaisir (une satisfaction passagère), ni l'honneur (il dépend des autres) : c'est une activité de l'âme conforme à la vertu, un accomplissement qui se pratique et s'éprouve sur la durée d'une vie entière. Une hirondelle ne fait pas le printemps : un beau jour ne fait pas une vie heureuse.
- Souverain bien : la fin ultime, visée pour elle-même et jamais comme moyen en vue d'autre chose.
- Eudaimonia : le bonheur comme vie accomplie, non comme émotion passagère.
- Le bonheur est une activité conforme à la vertu : il se pratique, il ne se possède pas.
- Il se juge sur une vie entière : « une hirondelle ne fait pas le printemps ».
- Distinguer bonheur (état durable et global) et plaisir (satisfaction ponctuelle).
Le bonheur est une activité de l'âme conforme à la vertu.Aristote, Éthique à Nicomaque (IVe siècle av. J.-C.)
Une hirondelle ne fait pas le printemps, ni non plus un seul jour de beau temps.Aristote, Éthique à Nicomaque (IVe siècle av. J.-C.)
Épicure : le tri des désirs
Épicure passe pour le philosophe de la jouissance ; il est en réalité celui du tri. Si « le plaisir est le commencement et la fin de la vie bienheureuse », tous les plaisirs ne sont pas à prendre : il faut classer les désirs. Les désirs naturels et nécessaires (boire, manger, dormir, philosopher) sont faciles à satisfaire et suffisent au bonheur. Les désirs naturels non nécessaires (les mets raffinés) peuvent s'accueillir sans s'y attacher. Les désirs vains (gloire, richesse illimitée, immortalité) sont sans limite : ils condamnent au manque perpétuel. Le but est l'ataraxie, l'absence de trouble de l'âme, que rien ne menace plus, pas même la peur de la mort : tant que nous sommes, elle n'est pas là.
- Le plaisir est le critère du bonheur, mais entendu comme absence de douleur et de trouble, non comme débauche.
- Tri des désirs : naturels nécessaires / naturels non nécessaires / vains.
- Les désirs vains sont sans limite : les poursuivre condamne au manque perpétuel.
- Ataraxie : absence de trouble de l'âme, but de la vie heureuse.
- La mort n'est rien pour nous : nous ne sommes jamais contemporains d'elle.
Le plaisir est le commencement et la fin de la vie bienheureuse.Épicure, Lettre à Ménécée (IIIe siècle av. J.-C.)
Quand nous sommes, la mort n'est pas là ; quand la mort est là, nous ne sommes plus.Épicure, Lettre à Ménécée (IIIe siècle av. J.-C.)
Le bonheur dépend-il de nous ?
Le Manuel d'Épictète s'ouvre sur une distinction qui fonde toute la sagesse stoïcienne : « Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas. » Dépendent de nous nos jugements, nos désirs, nos aversions ; n'en dépendent pas le corps, la réputation, la richesse, la mort. Le malheur naît d'une confusion : vouloir commander à ce qui ne dépend pas de nous, et négliger ce qui en dépend. Le sage renverse l'effort : il ne demande pas que les choses arrivent comme il veut, il veut qu'elles arrivent comme elles arrivent. Descartes reprendra la maxime : tâcher de se vaincre soi-même plutôt que la fortune, et changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde.
- Dépendent de nous : jugements, désirs, aversions, nos représentations.
- Ne dépendent pas de nous : corps, réputation, richesses, la mort.
- Le malheur vient de vouloir commander à ce qui ne dépend pas de nous.
- Le sage ajuste ses désirs à l'ordre du monde, non l'inverse.
- Descartes hérite de cette maxime : « changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde ».
Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas.Épictète, Manuel (IIe siècle)
Ne demande pas que les choses arrivent comme tu veux, mais veuille qu'elles arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux.Épictète, Manuel (IIe siècle)
Tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde.Descartes, Discours de la méthode (1637)
Divertissement et faux bonheurs
Pourquoi les hommes s'agitent-ils sans cesse, jeu, chasse, guerre, charges, écrans ? Pascal répond : pour ne pas penser. Le divertissement (de divertere, « se détourner ») n'est pas d'abord un loisir : c'est toute occupation qui nous détourne de notre condition, mortelle, misérable, inquiète. « Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Nous fuyons moins l'ennui que ce que l'ennui laisserait paraître. Mill, lui, hiérarchise les plaisirs eux-mêmes : mieux vaut être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait, car qui a connu les deux sortes de plaisirs préfère ceux de l'esprit, même mêlés d'inquiétude. Deux leçons contre les bonheurs faciles.
- Divertissement (Pascal) : toute activité qui nous détourne de penser à notre condition mortelle.
- Il ne se limite pas aux loisirs : travail, charges, guerre en relèvent aussi.
- Nous ne cherchons pas la prise, mais la chasse : l'agitation elle-même, pour ne pas nous voir.
- Mill : les plaisirs diffèrent en qualité, pas seulement en quantité, ceux de l'esprit l'emportent.
- Le juge compétent est celui qui a connu les deux sortes de plaisirs.
Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.Pascal, Pensées (1670)
Il vaut mieux être un homme insatisfait qu'un porc satisfait ; il vaut mieux être Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait.Mill, L'Utilitarisme (1863)
Le devoir contre l'inclination
Qu'est-ce qu'une action vraiment morale ? Kant répond par une distinction célèbre. Un épicier rend la monnaie exacte à un enfant : action conforme au devoir. Mais s'il est honnête par calcul, garder sa clientèle -, son action n'a aucune valeur morale : il agit conformément au devoir, non par devoir. Seule compte l'intention : la bonne volonté, qui veut le bien pour lui-même, est la seule chose au monde qui soit bonne sans restriction, les talents, la richesse, le courage même peuvent servir le mal. Agir par devoir, c'est agir par respect pour la loi morale, même contre nos inclinations (penchants, intérêts, sympathies). La morale ne se juge pas au résultat, mais au principe du vouloir.
- Seule la bonne volonté est bonne absolument : talents et chances peuvent servir le mal.
- Agir par devoir ≠ agir conformément au devoir : tout se joue dans l'intention.
- L'épicier honnête par intérêt agit conformément au devoir, sans valeur morale.
- L'inclination (penchant, intérêt, sympathie) ne fonde pas la moralité, même quand elle fait bien agir.
- Le devoir : la nécessité d'agir par respect pour la loi morale.
De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le monde, et même en général hors du monde, il n'est rien qui puisse sans restriction être tenu pour bon, si ce n'est seulement une bonne volonté.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)
Le devoir est la nécessité d'accomplir une action par respect pour la loi.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)
L'impératif catégorique
Comment savoir ce que le devoir commande ? Kant distingue deux sortes d'impératifs. L'impératif hypothétique commande sous condition : « si tu veux réussir, travaille » il conseille des moyens en vue d'une fin. L'impératif catégorique commande absolument, sans condition : « tu dois », un point c'est tout. Sa première formule fournit un test : « Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle. » La fausse promesse échoue au test : universalisée, elle détruit la confiance qui rend toute promesse possible. Sa deuxième formule protège les personnes : traite l'humanité, en toi comme en autrui, toujours en même temps comme une fin, jamais simplement comme un moyen.
- Impératif hypothétique : commande sous condition (« si tu veux…, alors… »).
- Impératif catégorique : commande absolument, sans condition, c'est la forme du devoir.
- Maxime : le principe subjectif de mon action, que le test soumet à l'universalisation.
- Test d'universalisation : puis-je vouloir sans contradiction que tout le monde agisse ainsi ?
- Deuxième formule : traiter l'humanité toujours aussi comme une fin, jamais simplement comme un moyen.
Agis uniquement d'après la maxime qui fait que tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)
Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs (1785)
Comment traiter ces notions en dissertation ?
La faute la plus fréquente est de traiter « liberté » comme absence de contrainte. Le programme attend l'autre sens, plus exigeant : l'autonomie, la capacité de se donner à soi-même sa propre loi.
La méthode reste la même quelle que soit la notion : analyser les termes du sujet, faire apparaître le problème que le sujet dissimule, puis construire un parcours qui avance au lieu de juxtaposer trois avis. Tout est détaillé sur la méthode de la dissertation de philosophie, et sur la méthode de l'explication de texte pour l'autre sujet possible.
Pense aussi aux 31 repères du programme : ce sont les distinctions conceptuelles que les correcteurs attendent, et elles se placent naturellement dans une copie sur le bonheur.
Questions fréquentes sur la morale
Quelles notions du programme la morale regroupe-t-elle ?
La morale regroupe le bonheur, le devoir et la liberté, soit 3 des 17 notions du programme de Terminale générale (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019).
Quels auteurs mobiliser sur le bonheur ?
Les fiches de cours ci-dessus citent les auteurs attendus sur chaque leçon. En dissertation, une référence expliquée en deux phrases vaut mieux que cinq noms cités à la chaîne : montre ce que l'auteur apporte au problème, pas seulement qu'il en a parlé.
Comment éviter le hors-sujet sur la morale ?
La faute la plus fréquente est de traiter « liberté » comme absence de contrainte. Le programme attend l'autre sens, plus exigeant : l'autonomie, la capacité de se donner à soi-même sa propre loi.
Quand a lieu l'épreuve de philosophie du bac 2027 ?
L'épreuve écrite de philosophie de Terminale est attendue mi-juin 2027, sur 4 heures, avec le choix entre deux sujets de dissertation et une explication de texte. La date exacte est fixée par le Bulletin officiel.
Chaque leçon ci-dessus existe en version interactive dans Euphémisme : 12 leçons, exercices de mémorisation, citations à retrouver. Gratuit, hors connexion, avec un suivi jour après jour.
Les autres notions du programme
Les 17 notions du programme se répondent : un sujet sur la liberté croise souvent la conscience, un sujet sur la justice croise le devoir. Ne les révise pas en silos.
La politique
l'État, la justice et la religion
La connaissance
la raison, la science, la vérité et la nature
Le sujet
la conscience, l'inconscient et le temps
→ Voir tout le programme de philosophie de Terminale
Sources et références
Programme de philosophie de Terminale, voie générale : BO spécial n°8 du 25 juillet 2019. Les textes cités sont accessibles en édition libre.
- Éduscol, portail des programmes et ressources du ministère
- Bulletin officiel de l'Éducation nationale
- Wikisource, textes littéraires et philosophiques du domaine public
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