La politique : État, justice, religion
La politique regroupe 3 des 17 notions du programme de philosophie de Terminale (voie générale) : l'État, la justice et la religion. Ces notions peuvent tomber en dissertation comme en explication de texte à l'épreuve de philosophie du baccalauréat.
Pourquoi obéir ? Les théories du contrat social répondent que l'État nous fait sortir d'un état où la force seule décide. Mais la loi est-elle toujours juste, et la justice se réduit-elle à la légalité ? La religion, elle, pose la question du fondement de l'autorité, entre croyance et savoir.
Quelles notions du programme sont concernées ?
La politique couvre 3 des 17 notions inscrites au programme de philosophie de Terminale, voie générale (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019) :
- l'État
- la justice
- la religion
Le cours, leçon par leçon
Pourquoi l'État ? L'état de nature
Pourquoi vivons-nous sous un État, avec ses lois, sa police, ses impôts ? Pour répondre, Hobbes imagine ce que serait la vie sans aucun pouvoir commun : c'est l'état de nature. Les hommes y sont à peu près égaux en force et en ruse, donc chacun peut espérer tout prendre, et craindre de tout perdre. Rivalité, défiance, gloire : la condition naturelle est une « guerre de chacun contre chacun », où la vie est « solitaire, misérable, dangereuse, animale et brève ». C'est la peur de la mort violente qui pousse les hommes à renoncer à leur droit sur toute chose et à instituer un souverain tout-puissant, le Léviathan, seul capable de les tenir tous en respect. L'État n'est donc pas naturel : c'est un artifice inventé pour la sécurité.
- État de nature : fiction méthodique, la vie des hommes sans pouvoir commun au-dessus d'eux.
- Hobbes : l'égalité approximative des forces engendre rivalité, défiance et guerre de chacun contre chacun.
- « L'homme est un loup pour l'homme » (Du citoyen, reprenant une formule de Plaute).
- La peur de la mort violente est le ressort du pacte : on échange l'obéissance contre la sécurité.
- Le Léviathan : souverain institué par le pacte, assez puissant pour tenir tous les hommes en respect.
- L'État est un artifice, non un fait de nature : il a une fonction, protéger.
Pendant le temps où les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun.Hobbes, Léviathan (1651)
L'homme est un loup pour l'homme.Hobbes, Du citoyen (1642)
Le contrat social
Si l'État est un artifice, sur quoi repose son autorité légitime ? Réponse des théoriciens du contrat : sur une convention entre les hommes. Rousseau pose le problème avec précision : trouver une association qui protège chacun de toute la force commune, mais où chacun, « n'obéissant qu'à lui-même », reste aussi libre qu'avant. Sa solution : chacun se donne tout entier à la communauté, et la loi exprime la volonté générale, non la somme des intérêts privés, mais ce que veut le peuple en visant l'intérêt commun. Obéir à la loi qu'on s'est prescrite, c'est encore la liberté. Locke, lui, défend un gouvernement limité : les hommes ont des droits naturels (vie, liberté, propriété) qui précèdent l'État, et le gouvernement n'existe que pour les garantir, s'il les viole, la résistance devient légitime.
- Contrat social : l'autorité politique légitime repose sur une convention, non sur la nature ou la force.
- Problème de Rousseau : être protégé par tous et pourtant ne rester soumis qu'à soi-même.
- Volonté générale : ce que veut le peuple quand il vise l'intérêt commun, pas l'addition des volontés particulières.
- Obéir à la loi qu'on s'est prescrite, c'est être libre : la liberté civile remplace l'indépendance naturelle.
- Locke : les droits naturels (vie, liberté, propriété) précèdent l'État ; le gouvernement, limité, en est le garant.
- Chez Locke, un pouvoir qui viole les droits qu'il devait protéger justifie la résistance.
Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à lui-même, et reste aussi libre qu'auparavant.Rousseau, Du contrat social (1762)
L'homme est né libre, et partout il est dans les fers.Rousseau, Du contrat social (1762)
La fin capitale et principale que poursuivent les hommes qui s'unissent en république et se soumettent à un gouvernement, c'est la conservation de leur propriété.Locke, Second traité du gouvernement civil (1690)
Limiter le pouvoir
Un pouvoir légitime peut-il devenir dangereux ? Oui, répond Montesquieu : « c'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites ». La solution ne repose pas sur la vertu des gouvernants, trop fragile, mais sur l'architecture des institutions : « il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». D'où la séparation des trois pouvoirs : légiférer, exécuter, juger, confiés à des mains différentes qui se limitent mutuellement. Le XXe siècle a montré ce qui arrive quand toutes les digues cèdent : Arendt analyse le totalitarisme comme un régime inédit qui, par l'idéologie et la terreur, prétend dominer totalement les hommes, jusqu'à détruire en eux la capacité de distinguer le fait de la fiction.
- Montesquieu : tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser, constat d'expérience, pas de morale.
- « Que le pouvoir arrête le pouvoir » : la limite doit être institutionnelle, inscrite dans la disposition des choses.
- Séparation des pouvoirs : législatif (faire la loi), exécutif (l'appliquer), judiciaire (juger).
- Un même homme qui cumule les trois pouvoirs : c'est la définition du despotisme.
- Arendt : le totalitarisme n'est pas une tyrannie classique, idéologie + terreur visent la domination totale.
- Contre-pouvoirs modernes : presse libre, justice indépendante, élections disputées, opinion publique.
Il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.Montesquieu, De l'esprit des lois (1748)
C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites.Montesquieu, De l'esprit des lois (1748)
Le sujet idéal du règne totalitaire n'est ni le nazi convaincu, ni le communiste convaincu, mais l'homme pour qui la distinction entre fait et fiction, entre vrai et faux, n'existe plus.Arendt, Les Origines du totalitarisme (1951)
Faut-il toujours obéir ?
Sans obéissance aux lois, pas de vie commune. Mais faut-il obéir à n'importe quelle loi ? La Boétie, que tu retrouveras peut-être en cours de français, pose une question vertigineuse : pourquoi des millions d'hommes servent-ils un seul tyran, qui n'a que deux yeux et deux mains ? Sa réponse : le tyran n'a que le pouvoir qu'on lui donne ; la servitude est volontaire, entretenue par l'habitude, « soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres ». Trois siècles plus tard, Thoreau refuse de payer un impôt qui finance l'esclavage : il invente la désobéissance civile, refus public, non violent, qui assume la sanction pour alerter les consciences. Et déjà chez Sophocle, Antigone brave l'édit de Créon au nom des « lois non écrites » des dieux : au-dessus des lois de la cité, il y aurait une justice qui oblige davantage.
- La Boétie : la servitude est volontaire, le tyran n'a que la puissance que l'obéissance lui donne.
- L'habitude et l'intérêt des courtisans entretiennent la domination plus sûrement que la force.
- Thoreau : la désobéissance civile, publique, non violente, elle assume la sanction pour interpeller la conscience commune.
- Antigone (Sophocle) : les lois non écrites des dieux passent avant les édits d'un roi.
- Distinguer désobéir par intérêt (délit) et désobéir par principe, au nom de la justice.
- Le problème de fond : l'obéissance à la loi est-elle un devoir absolu ou conditionnel ?
Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres.La Boétie, Discours de la servitude volontaire (1548)
La seule obligation qui m'incombe est de faire à tout moment ce que j'estime juste.Thoreau, La Désobéissance civile (1849)
Je ne pensais pas que tes édits eussent tant de force qu'ils permissent à un mortel de passer outre aux lois non écrites et immuables des dieux.Sophocle, Antigone (441 av. J.-C.)
Le juste et le légal
Ce que la loi autorise est-il forcément juste ? L'histoire répond que non : des lois esclavagistes ou discriminatoires ont été parfaitement légales. Il faut donc distinguer le légal, conforme au droit positif, aux lois en vigueur ici et maintenant, et le légitime, conforme à une exigence de justice qui peut contester la loi elle-même. Pascal médite ce divorce : « la justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique ». Idéalement, il faudrait que le juste soit fort ; faute d'y parvenir, « on a fait que ce qui est fort fût juste ». Aristote, lui, repère une limite interne de la loi : générale par nature, elle ne peut prévoir tous les cas. D'où l'équité : l'équitable est juste, mais d'un juste supérieur à la loi écrite, il la corrige là où sa généralité produirait une injustice.
- Légal : conforme au droit positif (les lois en vigueur, variables selon les pays et les époques).
- Légitime : conforme à une exigence de justice, qui peut servir à contester la loi.
- Une loi peut être légale et injuste ; un acte peut être illégal et juste, les deux ordres ne coïncident pas.
- Pascal : la justice a besoin de la force pour s'appliquer ; la force sans justice n'est que tyrannie.
- Aristote : la loi est générale ; l'équité la corrige dans les cas particuliers qu'elle n'a pas prévus.
- L'équitable n'est pas contre la loi : il accomplit son intention là où sa lettre échoue.
La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique.Pascal, Pensées (1670)
Ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste.Pascal, Pensées (1670)
L'équitable, tout en étant juste, n'est pas le juste selon la loi, mais un correctif de la justice légale.Aristote, Éthique à Nicomaque (IVe siècle av. J.-C.)
Égalité et équité
Être juste, est-ce donner la même chose à chacun ? Pas toujours. Aristote distingue deux formes de justice : la justice corrective rétablit l'égalité rompue par un tort (rendre ce qui a été volé, réparer le dommage) ; la justice distributive répartit charges et honneurs selon une proportion, à chacun selon son mérite, sa contribution ou ses besoins. « Le juste est une sorte de proportion » : traiter également des situations inégales peut être inique. Au XXe siècle, Rawls reprend le problème par une expérience de pensée : sous un « voile d'ignorance », nul ne connaît sa place future dans la société, riche ou pauvre, valide ou non. Quels principes choisirions-nous alors ? D'abord des libertés égales pour tous ; ensuite le principe de différence : des inégalités ne sont justes que si elles profitent aux plus défavorisés.
- Justice corrective (Aristote) : réparer un tort, rétablir l'égalité arithmétique entre les parties.
- Justice distributive : répartir selon une proportion, mérite, contribution, besoins.
- Égalité stricte : la même chose pour tous ; équité : à chacun selon sa situation.
- Rawls : sous le voile d'ignorance, on choisit les principes de justice sans connaître sa place future.
- Principe de différence : les inégalités ne sont justes que si elles profitent aux plus défavorisés.
- « La justice est la première vertu des institutions sociales » (Rawls).
La justice est la première vertu des institutions sociales, comme la vérité est celle des systèmes de pensée.Rawls, Théorie de la justice (1971)
Le juste est une sorte de proportion.Aristote, Éthique à Nicomaque (IVe siècle av. J.-C.)
Les inégalités sociales et économiques doivent être organisées de façon à être au plus grand bénéfice des plus défavorisés.Rawls, Théorie de la justice (1971)
Comment traiter ces notions en dissertation ?
La distinction légal / légitime est le repère qui structure presque tous les sujets de cette partie du programme. La mobiliser explicitement, avec un exemple, vaut plusieurs points.
La méthode reste la même quelle que soit la notion : analyser les termes du sujet, faire apparaître le problème que le sujet dissimule, puis construire un parcours qui avance au lieu de juxtaposer trois avis. Tout est détaillé sur la méthode de la dissertation de philosophie, et sur la méthode de l'explication de texte pour l'autre sujet possible.
Pense aussi aux 31 repères du programme : ce sont les distinctions conceptuelles que les correcteurs attendent, et elles se placent naturellement dans une copie sur l'État.
Questions fréquentes sur la politique
Quelles notions du programme la politique regroupe-t-elle ?
La politique regroupe l'État, la justice et la religion, soit 3 des 17 notions du programme de Terminale générale (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019).
Quels auteurs mobiliser sur l'État ?
Les fiches de cours ci-dessus citent les auteurs attendus sur chaque leçon. En dissertation, une référence expliquée en deux phrases vaut mieux que cinq noms cités à la chaîne : montre ce que l'auteur apporte au problème, pas seulement qu'il en a parlé.
Comment éviter le hors-sujet sur la politique ?
La distinction légal / légitime est le repère qui structure presque tous les sujets de cette partie du programme. La mobiliser explicitement, avec un exemple, vaut plusieurs points.
Quand a lieu l'épreuve de philosophie du bac 2027 ?
L'épreuve écrite de philosophie de Terminale est attendue mi-juin 2027, sur 4 heures, avec le choix entre deux sujets de dissertation et une explication de texte. La date exacte est fixée par le Bulletin officiel.
Chaque leçon ci-dessus existe en version interactive dans Euphémisme : 12 leçons, exercices de mémorisation, citations à retrouver. Gratuit, hors connexion, avec un suivi jour après jour.
Les autres notions du programme
Les 17 notions du programme se répondent : un sujet sur la liberté croise souvent la conscience, un sujet sur la justice croise le devoir. Ne les révise pas en silos.
La connaissance
la raison, la science, la vérité et la nature
Le sujet
la conscience, l'inconscient et le temps
La culture
l'art, le langage, la technique et le travail
→ Voir tout le programme de philosophie de Terminale
Sources et références
Programme de philosophie de Terminale, voie générale : BO spécial n°8 du 25 juillet 2019. Les textes cités sont accessibles en édition libre.
- Éduscol, portail des programmes et ressources du ministère
- Bulletin officiel de l'Éducation nationale
- Wikisource, textes littéraires et philosophiques du domaine public
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