Le sujet : conscience, inconscient, temps
Le sujet regroupe 3 des 17 notions du programme de philosophie de Terminale (voie générale) : la conscience, l'inconscient et le temps. Ces notions peuvent tomber en dissertation comme en explication de texte à l'épreuve de philosophie du baccalauréat.
« Je pense, donc je suis » : la formule de Descartes fonde le sujet sur la certitude de sa propre pensée. Freud la fissure en montrant que le moi n'est pas maître dans sa maison. Entre les deux, toute la question du sujet : ce que je sais de moi, ce qui m'échappe, et ce que le temps fait de moi.
Quelles notions du programme sont concernées ?
Le sujet couvre 3 des 17 notions inscrites au programme de philosophie de Terminale, voie générale (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019) :
- la conscience
- l'inconscient
- le temps
Le cours, leçon par leçon
« Je pense, donc je suis » · la conscience
La conscience est cette présence à soi qui accompagne tout ce que je vis : je ne fais pas que percevoir, je sais que je perçois. Descartes en fait le socle de toute certitude : je peux douter de tout, mes sens me trompent, je rêve peut-être, un malin génie m'abuse, mais pour douter, il faut penser, et pour penser, il faut être. « Je pense, donc je suis » : la première vérité qui résiste au doute le plus radical. La conscience fait de l'homme un sujet, et non une chose.
- Conscience immédiate : accompagner ce qu'on vit ; conscience réfléchie : se prendre soi-même pour objet.
- Le doute méthodique de Descartes : douter de tout pour trouver un point indubitable.
- Le cogito : même trompé sur tout, je suis certain d'exister en tant que chose pensante.
- La conscience fonde la dignité du sujet : l'homme sait qu'il est, l'animal et la chose non.
- Étymologie : cum scientia, « avec savoir » un savoir qui s'accompagne lui-même.
Je pense, donc je suis.Descartes, Discours de la méthode (1637)
L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant.Pascal, Pensées (1670)
Se connaître soi-même : limites de la conscience
Être conscient de soi, est-ce se connaître ? Rien n'est moins sûr. La conscience de soi est une certitude d'existence, pas un savoir sur ce que je suis : je sais que je suis, sans savoir clairement qui je suis. Pascal montre un moi insaisissable, qu'aime-t-on quand on aime quelqu'un : ses qualités ? Elles passent. Husserl ajoute que la conscience n'est pas un coffre qu'on ouvre pour s'inspecter : elle est toujours conscience de quelque chose, tournée vers le monde. Se connaître exige donc un travail, par ses actes, par les autres, par le temps.
- Conscience de soi (je sais que j'existe) ≠ connaissance de soi (je sais qui je suis).
- Le moi est difficile à saisir : mes qualités changent, mon corps change, que reste-t-il ?
- Husserl : « toute conscience est conscience de quelque chose » (intentionnalité), elle vise le monde, pas d'abord elle-même.
- L'introspection est partiale et partielle : on se juge avec complaisance ou sévérité.
- On se connaît par médiations : ses actes, ses œuvres, le regard d'autrui.
Toute conscience est conscience de quelque chose.Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie (1913)
Qu'est-ce que le moi ? […] On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.Pascal, Pensées (1670)
La conscience et les autres : regard, mauvaise foi
Ma conscience n'est pas seule au monde : elle se heurte à d'autres consciences qui me voient, me jugent, me figent. Sartre décrit la honte : surpris en train d'épier par le trou d'une serrure, je deviens sous le regard d'autrui un objet, « l'enfer, c'est les autres » ne dit pas que les autres sont méchants, mais que leur regard me fixe dans une image. Face à cette liberté qui m'angoisse, je triche parfois avec moi-même : c'est la mauvaise foi, où je me raconte que je ne suis pas libre (« je suis timide, c'est comme ça ») pour fuir la responsabilité de mes choix.
- Le regard d'autrui me révèle à moi-même (honte, fierté) et menace de me figer en objet.
- « L'enfer, c'est les autres » : être prisonnier de l'image que les autres ont de moi.
- Mauvaise foi (Sartre) : se mentir à soi-même en se faisant chose (« je suis comme ça ») pour fuir sa liberté.
- Exemple sartrien : le garçon de café qui joue à être garçon de café.
- Rousseau : la conscience morale, « instinct divin », juge immédiatement le bien et le mal.
L'enfer, c'est les autres.Sartre, Huis clos (1944)
Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix.Rousseau, Émile ou De l'éducation (1762)
La conscience nous rend-elle libres ?
Être conscient, est-ce être libre ? Descartes le pense : la conscience me donne le libre arbitre, ce pouvoir de dire oui ou non qui fait de moi l'auteur de mes actes. Sartre radicalise : parce que la conscience n'est aucune des choses qu'elle vise, l'homme est « condamné à être libre » même ne pas choisir est un choix. Mais Spinoza objecte : les hommes se croient libres parce qu'ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes qui les déterminent, la conscience serait alors le théâtre de l'illusion, pas l'organe de la liberté. Alain répond : la liberté n'est pas donnée, elle se conquiert par le jugement, « penser, c'est dire non » aux évidences, aux passions, aux tyrans.
- Descartes : le libre arbitre, pouvoir de la volonté consciente d'affirmer ou de nier.
- Sartre : « condamné à être libre » la conscience m'arrache à toute nature fixée.
- Objection de Spinoza : le sentiment de liberté n'est que l'ignorance des causes.
- Alain : la liberté se conquiert par le jugement, contre les passions et les évidences.
- Déplacement final : la conscience n'est pas la preuve de la liberté, elle en est l'instrument.
L'homme est condamné à être libre.Sartre, L'existentialisme est un humanisme (1946)
Penser, c'est dire non.Alain, Propos sur la religion (1938)
L'hypothèse de l'inconscient
Et si la conscience n'était que la partie émergée du psychisme ? Freud soutient que des pensées, des désirs, des souvenirs agissent en nous sans que nous le sachions : c'est l'inconscient, non pas l'absence de pensée, mais une pensée active et interdite de séjour. Le refoulement repousse hors de la conscience les représentations inacceptables ; elles font retour, déguisées, dans les rêves, les lapsus, les symptômes. Le psychisme se structure en instances : le ça (pulsions), le surmoi (interdits intériorisés), le moi (qui négocie entre les deux et avec la réalité). Blessure d'amour-propre : « le moi n'est pas maître dans sa propre maison ».
- L'inconscient freudien : des représentations actives, refusées par la conscience.
- Le refoulement : mécanisme qui maintient hors de la conscience les désirs inacceptables.
- Le refoulé fait retour, déguisé : rêves, lapsus, actes manqués, symptômes.
- Seconde topique : ça (pulsions) / surmoi (interdits) / moi (arbitre sous pression).
- Troisième « blessure narcissique » : après Copernic et Darwin, Freud décentre le moi.
Le moi n'est pas maître dans sa propre maison.Freud, Une difficulté de la psychanalyse (1917)
L'interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient dans la vie psychique.Freud, L'Interprétation du rêve (1900)
Rêves, lapsus, actes manqués
Comment prouver l'inconscient, puisqu'il échappe par définition à la conscience ? Freud répond : par ses effets. Le rêve est « la voie royale » accomplissement déguisé d'un désir, il se lit comme un rébus, en distinguant son contenu manifeste (les images racontées) de son contenu latent (le désir caché). Le lapsus dit tout haut ce que le locuteur voulait taire ; l'acte manqué (perdre le cadeau d'une personne détestée, rater un rendez-vous non désiré) est un acte secrètement réussi. Là où l'on voyait du hasard sans signification, Freud lit du sens : c'est le déterminisme psychique.
- Le rêve : accomplissement déguisé d'un désir refoulé.
- Contenu manifeste (le récit du rêve) ≠ contenu latent (le désir qu'il déguise).
- Travail du rêve : condensation (plusieurs idées en une image) et déplacement (l'important devient anodin).
- Lapsus et actes manqués : des ratés qui réussissent, le refoulé s'y exprime.
- Déterminisme psychique : nos « hasards » (oublis, ratés) ont un sens.
L'interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient dans la vie psychique.Freud, L'Interprétation du rêve (1900)
Le rêve est l'accomplissement d'un désir.Freud, L'Interprétation du rêve (1900)
Comment traiter ces notions en dissertation ?
L'erreur classique sur cette notion est de confondre la conscience (fait de se savoir pensant) avec la connaissance de soi (savoir qui l'on est). Les copies qui distinguent nettement les deux prennent tout de suite de l'avance.
La méthode reste la même quelle que soit la notion : analyser les termes du sujet, faire apparaître le problème que le sujet dissimule, puis construire un parcours qui avance au lieu de juxtaposer trois avis. Tout est détaillé sur la méthode de la dissertation de philosophie, et sur la méthode de l'explication de texte pour l'autre sujet possible.
Pense aussi aux 31 repères du programme : ce sont les distinctions conceptuelles que les correcteurs attendent, et elles se placent naturellement dans une copie sur la conscience.
Questions fréquentes sur le sujet
Quelles notions du programme le sujet regroupe-t-elle ?
Le sujet regroupe la conscience, l'inconscient et le temps, soit 3 des 17 notions du programme de Terminale générale (BO spécial n°8 du 25 juillet 2019).
Quels auteurs mobiliser sur la conscience ?
Les fiches de cours ci-dessus citent les auteurs attendus sur chaque leçon. En dissertation, une référence expliquée en deux phrases vaut mieux que cinq noms cités à la chaîne : montre ce que l'auteur apporte au problème, pas seulement qu'il en a parlé.
Comment éviter le hors-sujet sur le sujet ?
L'erreur classique sur cette notion est de confondre la conscience (fait de se savoir pensant) avec la connaissance de soi (savoir qui l'on est). Les copies qui distinguent nettement les deux prennent tout de suite de l'avance.
Quand a lieu l'épreuve de philosophie du bac 2027 ?
L'épreuve écrite de philosophie de Terminale est attendue mi-juin 2027, sur 4 heures, avec le choix entre deux sujets de dissertation et une explication de texte. La date exacte est fixée par le Bulletin officiel.
Chaque leçon ci-dessus existe en version interactive dans Euphémisme : 12 leçons, exercices de mémorisation, citations à retrouver. Gratuit, hors connexion, avec un suivi jour après jour.
Les autres notions du programme
Les 17 notions du programme se répondent : un sujet sur la liberté croise souvent la conscience, un sujet sur la justice croise le devoir. Ne les révise pas en silos.
La culture
l'art, le langage, la technique et le travail
La morale
le bonheur, le devoir et la liberté
La politique
l'État, la justice et la religion
→ Voir tout le programme de philosophie de Terminale
Sources et références
Programme de philosophie de Terminale, voie générale : BO spécial n°8 du 25 juillet 2019. Les textes cités sont accessibles en édition libre.
- Éduscol, portail des programmes et ressources du ministère
- Bulletin officiel de l'Éducation nationale
- Wikisource, textes littéraires et philosophiques du domaine public
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